Homélie de Mgr Dubost

Homélie de Mgr DUBOST

le 29 juin 2014 - Profession solennelle de sœur Emilie

 

“Je demande à m’engager pour toujours à la suite du Christ dans la famille du Carmel pour vivre de son amour, veiller dans la prière pour la gloire de Dieu et le salut du monde.”

Le texte de saint Paul que nous venons d’entendre (2 Tm 4, 6-8.16-18) est une bonne manière d’entrer dans ce texte. Quand Paul écrit la 2e lettre à Timothée, il écrit un testament, mais c’est un testament un peu bizarre parce qu’il demande qu’on lui rapporte ses bouquins et son manteau. Quand on écrit un testament ce n’est pas généralement ce qu’on demande.

Mais ça veut dire que Paul est à sa fin de sa vie probablement, il est prisonnier et il fait le bilan de sa vie. Et le bilan de sa vie, c’est : être témoin de l’amour de Dieu pour le salut du monde, quoi qu’il fasse, qu’il soit sur les routes ou enfermé. Et donc voilà que saint Paul va être phare pour nous. Paul est d’abord l’homme de la prière. Souvent on le présente d’une autre manière, mais je pense que l’identité de Paul, c’est la prière. Quand Ananie, après l’épisode de Damas, va le chercher, le signe de reconnaissance qu’il a, que lui donne l’Esprit, c’est « tu verras un homme en prière ». C’est l’identité même de Paul.

Et dans sa prière, il découvre qui il est. Il est sûr de sa vocation. Il est apôtre de Jésus. Il le sait simplement par cette expérience-là. Et, en fait, dans sa prière il va comme découvrir, je dirai non seulement une connaissance, mais une super connaissance, une expérience du Christ. Et c’est pour cela que c’est son identité. Il ne peut pas être apôtre s’il n’a pas cette expérience de l’intérieur, du corps à corps (ou cœur à cœur ?), de cette présence l’un à l’autre. Il dira ça même plus loin : « c’est le Christ qui vit en moi ». Et ailleurs il dira, et ça c’est réconfortant, même quand je dors, je suis avec Dieu. Et ça, je crois que c’est son identité. L’identité de Paul, c’est la prière. C’est aussi sa mission.

Alors vous avez remarqué dans le texte il dit qu’il court, il a couru, j’ai tenu jusqu’au bout de la course. Paul est un homme qui parle de la course assez facilement. Et on voit bien qu’il a couru à travers le monde. Mais sa mission ce n’est pas de courir, c’est simplement le moyen de sa mission. Sa mission c’est d’annoncer l’évangile. C’est de vivre l’Evangile. Sa mission, en paraphrasant quelqu’un d’autre que vous connaissez bien, c’est l’amour. Mais lui la vit en parcourant le monde, d’autres peuvent le vivre sans parcourir le monde. Sa mission c’est l’amour. Et cet amour il va le manifester en priant pour les autres. Ça arrive assez souvent qu’il dise j’ai prié pour vous, pour que vous soyez fidèles.

Et je pense qu’on peut dire que l’ensemble de l’œuvre de Paul, c’est qu’il s’est mis à la suite de Moïse comme celui qui intercède pour son peuple, pour son peuple et pour le monde. Et j’allais dire que la mission de Paul, c’est d’être celui qui se tient devant Dieu pour que le Christ, dans la foi même, dans la prière même du Christ, pour intercéder pour le peuple, à temps et à contretemps.

La prière, c’est son identité, c’est sa mission, c’est sa force. Quand on pense à Paul, très souvent, on pense à quelqu’un de fort. Sans doute, mais quand on lit attentivement, on voit que c’est un homme qui a traversé des épreuves extrêmement difficiles. Extrêmement difficiles. Je pense déjà à cette épreuve qu’a été la rupture avec Barnabé. Barnabé avait été l’inventeur de Paul, c’est lui qui était allé rechercher Paul chez lui à Tarse et puis qui l’avait ramené à Antioche et ils avaient fait mission ensemble et pour une querelle théologique importante ils se sont séparés. Donc j’allais dire que la séparation d’avec les siens c’est toujours quelque chose d’extrêmement difficile. Mais il y a eu bien d’autres épreuves dans la vie de Paul, au point que, dans la deuxième aux Corinthiens, on pense qu’il a pensé au suicide. En tout cas il parle d’une épine qu’il y a dans sa chair.

C’est un homme qui a souffert, qui est faible, qui a été de communauté en communauté, et qui de communauté en communauté on peut dire, après les avoir fondées, a été chassé. Quand, à la fin de sa vie, Paul raconte sa vie, il raconte qu’il a été à Jérusalem et qu’à Jérusalem, il a eu une intuition du Seigneur qui lui a dit : attention ne reste pas parce que de toute façon les gens ne t’écouteront pas. Paul souffre, mais malgré ça, Paul est fort parce qu’il est fort dans la prière. Et sa prière le porte toujours non seulement dans l’actualité pour le monde, mais aussi à la fin. Et vous avez entendu que dans le texte que nous venons de lire, alors qu’il est en prison et qu’il pourrait se plaindre un p’tit peu, il dit : « le Seigneur me fera encore échapper à tout ce qui pourrait, tout ce qu’on a fait pour me nuire, et j’ai échappé à la gueule du lion (enfin, il y est quand même !) et il me sauvera, il me fera entrer au ciel, dans son royaume. A lui la gloire dans les siècles des siècles ».

Cette force de la prière, c’est la certitude qu’il est sauvé par le Christ, et qu’il sera dans l’intimité du Christ et qu’il chantera avec lui la gloire pour les siècles des siècles. On pourrait assez facilement, mais je ne le ferai pas parce que ça pourrait sembler pas tout à fait exact, ajouter un mot sur Marie. On peut trouver que Paul a dit des choses sur Marie, mais franchement pas tellement ! Mais, quand nous sommes là, ensemble, je suis sûr que Marie nous aide à revêtir le Christ, je ne vais pas parler du scapulaire, mais j’y fais allusion. Revêtir le Christ, comme mettre un vêtement, car notre prière, comme celle de saint Paul, ce n’est pas la nôtre, c’est celle du Christ et Marie nous aide à nous en revêtir.